Le climat de la région de Churchill est froid, mais il est des périodes du passé carrément glaciaires, même dans un passé récent qu’on a appelé le Petit Age Glaciaire. Les premiers relevés météorologiques remontent à 1768, mais nous avons des données indirectes pour se faire une idée assez précise de l’évolution du climat depuis l’aube du 18e siècle. Les archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson ont été patiemment étudiées par des historiens du climat, D. Moodie et A. Catchpole de l’université de Winnipeg. Ils ont reconstruit les dates du début de l’embâcle de la rivière (date où les premiers glaçons apparaissent), celles d’embâcle total et celles du début de la débâcle (quand la glace commence à se casser et fondre) (Figure 1). Les séries ne sont pas complètes. Il y a des trous importants au début du 19siècle et entre 1867 et 1955, mais on peut déjà voir qu’au 20 siècle, la fonte de la glace au printemps était en général une semaine plus tôt qu’avant 1860. L’année 1816 qu’on a appelé l’année « sans été » a été très froide sur tout le Canada et une bonne partie du monde à cause de l’éruption du volcan indonésien Tambora qui, par l’expulsion de poussières et surtout d’aérosols soufrés, a partiellement voilé le ciel, occasionnant un refroidissement important durant plusieurs années. Nous n’avons pas de données d’embâcle et débâcle en 1816, sans doute parce que la Baie d’Hudson est restée partiellement englacée tout l’été, ne permettant pas aux bateaux de la Compagnie de venir jusque Churchill. D’ailleurs cette gravure qui représente un Amérindien avec un maigre butin de chasse dans un poste de la Compagnie au mois d’août alors qu’il neige au dehors, illustre bien les difficultés de la vie cette année-là.

Figure 1. Dates (en nombre de jours à partir du 1er janvier) de l’embâcle et de la débacle de la rivière Churchill à Churchill

Les dates d’embâcle total ont culminé autour du jour 325 (mi-novembre) au 18e siècle alors qu’au 20siècle, le fleuve était gelé 10 jours plus tard. D’autres indicateurs ont été relevés par les chercheurs canadiens, par exemple, la date d’arrivée des oies du Canada qui migrent dans le sud de la Baie d’Hudson au printemps. La série reconstituée par T. Ball[1], non présentée, nous informe par exemple que le 19siècle a connu des arrivées plus précoces que le 18esiècle (fin avril au lieu de début mai).

Un autre type d’indicateur climatique est fourni par la dendroclimatologie. En combinant les données historiques et les données de cernes d’arbres, il a été possible de reconstruire par des méthodes statistiques la température estivale de 1700 à 2005. La figure 2 montre bien le réchauffement depuis les années 1980. L’année 1816 sans été est clairement une des années les plus froides de la série avec une température estivale de 7.6°C, soit 2.4°C de moins que la moyenne du 20e siècle. Une autre année bat ce record. Il s’agit de 1992 qui suit l’année d’éruption du volcan Pinatubo aux Philippines (très grosse éruption en 1991). La température moyenne annuelle est descendue à 7.1°C. Cela illustre l’effet négatif des éruptions volcaniques. Cependant ce refroidissement ne dure guère plus que deux ans.

 

 

 

Figure 2. Température moyenne de l’été (juin, juillet, aout) à Churchill, reconstruite à partir de données historiques (telles les dates d’embâcle/débacle de la rivière Churchill) et de séries dendroclimatiques. La courbe en trait épais est une courbe lissée de la série en trait plus fin[2].

Si l’on veut remonter plus loin dans le temps, il faut recourir à d’autres indicateurs du climat. Dans les régions couvertes de végétation, on utilise les grains de pollen émis abondamment par les différentes espèces qui composent la végétation (Voir analyse du pollen). Dans les régions arctiques (Groenland), on utilise les carottes de glace (Voir archives glaciaires). Deux périodes sont habituellement utilisées comme références de périodes chaudes (qu’on appelle des analogues), la première est le milieu de l’Holocène (entre 8000 et 6000 ans avant le présent) et l’autre est le dernier Interglaciaire (entre 130 000 et 125000 ans avant le présent, appelé également l’Eemien). Les reconstructions à partir du pollen (Voir analyse du pollen)  montrent pour le lac Fog[3], situé sur l’île de Baffin à approximativement 70°N de latitude (Churchill étant situé vers 59°N), que la température de juillet était entre 2 et 4°C au-dessus de la valeur actuelle pour l’Holocène et 4 et 6°C au-dessus de l’actuel pour le dernier Interglaciaire. Les carottes de glaces du Groenland fournissent également des reconstructions de température à partir de la composition isotopique de l’eau, essentiellement le deutérium et l’isotope 18 de l’oxygène (Voir archives glaciaires). Il ressort des nombreuses études des carottes de glace du Groenland un écart de 1.5°C pour le milieu de l’Holocène et de l’ordre de 5°C pour le dernier Interglaciaire[4]. Les carottes de glace et les données polliniques sont assez cohérentes entre elles. Le milieu de l’Holocène et l’Eemien sont de bons analogues en température, mais les processus sous-jacents sont différents. Ils sont d’ordre astronomique pour les périodes anciennes. Il s’agit des fluctuations de l’orbite de la Terre autour du soleil et de l’inclinaison de l’axe de rotation de la Terre par rapport à cette orbite. Le réchauffement actuel relève de l’augmentation des gaz à effet de serre. La période pendant laquelle il se produit est d’ailleurs trop courte pour que l’orbite terrestre ait pu fluctuer.


[1]Ball et al. (1983) : Référence complète
[2]Guiot (1985) : Référence complète
[3]Fréchette et al (2008) : Référence complète
[4]Masson-Delmotte et al. (2006) :  Référence complète