Byblos, Liban, vestiges des périodes grecques et romaines

Le croissant fertile de la Antiquité

En cette année 2030, me voici arrivé en région Méditerranéenne, au Liban, pour étudier l’impact du changement climatique sur les fameuses forêts de cèdres du Liban (Cedrus libani). Cela fait plusieurs dizaines d’années que ces forêts souffrent de la sécheresse. Si les hivers sont doux, les étés sont brûlants, trop brûlants. En plaine, la pluie ne tombe presque jamais, ou alors sous forme de trombes d’eau dévastatrices. En montagne la pluie est plus abondante mais irrégulière.

Byblos (Jbeil), vue de la ville nouvelle à partir de la ville ancienne

Une petite escale à Beyrouth, la capitale, et à Byblos, la plus vieille ville du pays, fondée par les Phéniciens, s’impose. En ville, les potagers urbains peuvent donner des légumes toute l’année, à condition d’arroser et donc d’avoir de l’eau. Seul l’arrosage au goutte à goutte peut épargner cette eau si rare. Quand je dis rare c’est au sens littéral car nos robinets ne fonctionnent que quelques heures par jour. Restrictions obligent! Les récupérateurs d’eau de pluie poussent sur les toits, mais les cuves restent souvent vides. Les légumes du marché sont chers, car ils proviennent de régions lointaines mieux dotées en pluie ou qui ont été capables de mieux gérer la pénurie d’eau par une politique de développement durable. Pour les agriculteurs dont la subsistance dépend de leur production agricole, les revenus ont beaucoup diminué et un nombre croissant d’entre eux a migré vers les villes à la recherche d’un revenu minimum. Ce sont des migrants climatiques.

Beyrouth vue de Broumana

Cette région s’appelait pourtant « Le Croissant Fertile », il y a très longtemps. Elle s’étendait de l’Egypte arrosée par les crues du Nil au Golfe Persique, où se jettent le Tigre et l’Euphrate, les fleuves bien connus de l’antique Mésopotamie, en passant par le Proche Orient, la Syrie, l’Irak et l’ouest de l’Iran. En Mésopotamie (littéralement au milieu des fleuves) et en Égypte, les fleuves apportent l’eau des montagnes lointaines pour irriguer les cultures. Ailleurs les pluies étaient également suffisantes pour nourrir les populations, à condition de ne pas la gaspiller.

Le Liban se trouve en plein milieu de ce croissant. Certaines villes côtières comme Byblos, maintenant appelée Jbeil, comptent parmi les plus anciennes cités du monde. Il subsiste des vestiges des toutes les époques, grecque, romaine, celle des Croisés et des Ottomans. La région était productrice de vin, olives, et céréales. Son commerce était florissant. La ville pousse maintenant vers les hauteurs et depuis la vieille ville, on peut suivre le cours du temps.

En mauve distribution des températures estivales au coeur de la ville de Beyrouth autour de la moyenne de 1961-1990; en orange distribution en 2030.

L’effet de l’aridité du climat a été aggravé par une longue période de guerre civile entre 1975 et 1990, des relations difficiles avec les voisins et l’arrivée massive de réfugiés syriens encore plus mal traités par la vie que les Libanais, à partir de 2011 (paradoxalement appelé le printemps arabe). Malgré toutes ces difficultés, l’économie libanaise a toujours été enviée par les voisins arabes. Ce pays était appelé la Suisse du Proche Orient. Actuellement, Beyrouth, dont l’agglomération contient la moitié de la population du pays, s’est complètement reconstruite. Elle s’est tellement densifiée et étendue qu’elle connait un fort effet d’îlot de chaleur urbain (c’est-à-dire une amplification du réchauffement au coeur de la ville). La comparaison des températures estivales au centre de la ville à la fin du 20e siècle et maintenant montre que les années les plus chaudes du 20e siècle était en fait plus froides que ce qu’on connait en 2030.

Au 20ième siècle, le Bassin Méditerranéen attirait les touristes du monde entier par son climat particulier et par son patrimoine accumulé pendant des millénaires de civilisations brillantes, en particulier dans le Croissant Fertile. Le climat était moins chaud, surtout en été. La sécheresse estivale durait en général cinq mois sur la côte et quatre mois à l’intérieur du pays dans les forêts de cèdres du Liban (moyenne montagne). Les pluies hivernales étaient suffisantes pour reconstituer les stocks des nappes souterraines. Cela n’empêchait pas des périodes pluriannuelles de sécheresse, mais elles étaient temporaires et les pluies revenaient toujours. La période 2005-2010 était annonciatrice de ce qu’on connait actuellement, en 2030. Ce fut une longue période de déficit de pluie combinée à des températures élevées qui favorisent l’évaporation du peu d’eau restant dans le sol. Ce qui était exceptionnel est devenu la normalité.