Que savez-vous de l’Anthropocène ? Que ce soit beaucoup ou presque rien, ça va vous intéresser !

L’Anthropocène de Michel Magny (2021) fait le tour de notre époque à la lumière du passé. C’est normal ! Michel est un spécialiste de la paléoclimatologie. Mais il enrobe tout ça de considérations philosophiques et sociologiques, grâce à une érudition hors du commun. C’est son second essai sur ce thème (Magny, 2019).

Le terme « anthropocène » est une époque géologique au même titre que l’Holocène (les 12 000 dernières années). Elle désigne la nouvelle époque géologique qui lui a succédé dans laquelle nous sommes récemment entrés et qui se caractérise par la pression sans précédent que les humains font peser sur les écosystèmes terrestres. La date du début de l’anthropocène fait encore débat. Michel Magny propose de limiter ce terme à la crise écologique qui affecte nos écosystèmes par le réchauffement climatique, l’effondrement de la biodiversité, la pollution, la pression exponentielle de la démographie et l’artificialisation des sols.

Selon Paul Crutzen l’inventeur du terme en 2000, c’est au milieu du 20e siècle qui tout s’est accéléré, mais M. Magny nous démontre que depuis le Néolithique (qui marque l’invention de l’agriculture), la pression anthropique a progressivement marqué son empreinte sur la nature jusqu’à la grande accélération récente. Il utilise pour cette période ancienne, le terme “Paléoanthropocène“. Cette transition agricole s’est traduite par une forte augmentation démographique et par une demande encore plus forte de protéines nécessaires à un travail humain fortement accru, d’une intensification des progrès techniques et donc finalement d’une accélération de son empreinte sur les écosystèmes terrestres. Cela se serait traduit, dès le milieu de l’Holocène, par une augmentation des gaz à effet de serre et d’un réchauffement qui aurait pu contrecarrer le refroidissement naturel du climat qui s’était déjà amorcé. Comme le rappelle Michel Magny, cette hypothèse émise par W. Ruddiman, fait encore l’objet de débats, mais elle permet de dire que l’empreinte humaine est ancienne et que l’idée que c’est le capitalisme qui serait seul responsable de tout ce qui nous arrive n’est pas suffisante.

Derrière les débats, la chose importante est que depuis la période industrielle, l’humain a pris progressivement l’ascendant sur la nature et cela s’est manifesté par un changement climatique, une 6e extinction de la biodiversité, une surexploitation de la nature et une forte pollution des eaux, de l’air et des sols. L’homme s’est approprié pour son usage unique une grande partie des écosystèmes terrestres. L’anthropocène apparait comme l’époque où les aspirations consuméristes d’une humanité toujours plus nombreuse entrent en conflit avec la nature.

Michel Magny appelle la période où tout a vraiment basculé, le grand retournement qui consacre la primauté de l’économie sur le politique. L’alternance politique entre gauche et droite a été vidée de son sens par le TINA libéral cher à M. Thatcher (There Is No Alternative). Cette notion d’anthropocène nous invite à prendre conscience que notre monde est borné (Stephen parle de huit limites planétaires dont certaines sont déjà dépassées) et que “tout progrès n’est plus à envisager dans l’extension infinie de notre volonté ni dans celle de notre puissance technique.” Il est davantage dans un retour à nos “deux communs les plus précieux : l’écosystème qui nous fait vivants et la société qui nous fait humains”, et “dans l’ouverture de notre propre humanité aux autres vivants”. Cette conclusion de Michel Magny couronne ce petit livre de 128 pages aussi passionnant qu’érudit.

Magny, Michel, 2021. L’Anthropocène. Que Sais-je n° 4209

Magny M, 2019. Aux racines de l’Anthropocène, une crise écologique reflet d’une crise de l’homme. Lormont, Le Bord de l’Eau.