On peut retracer l’évolution du climat en Europe à partir de l’analyse du pollen. Grâce à la Banque Européenne de Données Polliniques (EPD en anglais), nous avons accès à plus de 2300 échantillons répartis dans près de 300 carottes lacustres ou de tourbières. Ces données polliniques ont permis de reconstituer les variations du climat en Europe. La figure 1 synthétise les variations de la température hivernale et estivale en les moyennant pour quatre grandes zones de l’Europe extra-méditerranéenne et pour les 12 000 dernières années, une période appelée l’Holocène. La référence est la température du 20e siècle (les valeurs de températures sont exprimées en écarts à la moyenne de la température du 20e siècle). On voit ainsi que les étés du milieu de l’Holocène était chauds au nord-ouest (plus de 1.5°C par rapport au 20e siècle), alors que les hivers restaient frais. On a à peu près la même configuration au centre-ouest (France, Allemagne) mais en moins accentué. A l’est, les étés et les hivers étaient plutôt chauds mais avec une amplitude inférieure à 1°C. Ceci montre que la situation qu’on connaît actuellement en 2030 (une température moyenne supérieure de 1°C à la température du 20e siècle) a existé par le passé localement en Europe, mais uniquement en été et avec une relative hétérogénéité. On n’est donc plus dans la configuration de la variabilité Holocène du climat, du moins à l’échelle du continent. Si en plus on regarde la vitesse du réchauffement entre 12 000 et 8000 ans avant le présent, quelques degrés en 3000 ans, tous les records sont battus, puisqu’on projette le même réchauffement d’ici la fin du 21e siècle, en moins de 100 ans. L’homme plus rapide que la nature !

Figure 1. Température en Europe (vert = hiver, bleu = été) reconstruite à partir de données polliniques [1] pour quatre zones délimitées par 10°O, 15°E et 50°E en longitude et 70°N, 55°N et 45°N en latitude. Les anomalies sont définies à partir de la moyenne du 20e siècle.

Il existe d’autres périodes chaudes, plus récentes d’ailleurs, mais, pour les mettre en évidence, il faut trouver des données à plus haute résolution. Ce sont les cernes d’arbres (dendroclimatologie). Les cernes sont annuels et ont une épaisseur qui varie en fonction du climat. En région tempérée, un cerne épais signifie un été chaud. Une reconstitution de la température estivale et des précipitations printanières pour l’Europe est disponible pour les 2500 dernières années à une résolution annuelle (Figure 2). On y voit plusieurs périodes chaudes : l’Age de Fer final (300-100 avant notre ère (AC)), la période romaine (100 avant notre ère à 300 de notre ère (AD)) et la période médiévale (700-1200 AD). Toutes ces périodes restent néanmoins moins chaudes que l’Actuel. Les auteurs ont essayé de corréler les périodes froides et humides à des événements historiques, comme les invasions barbares après la période romaine ou les grandes migrations modernes vers le nouveau monde au début du 19e siècle, mais cela reste des hypothèses. Ce qu’il faut retenir ici c’est que nous vivons, en Europe depuis la fin du 20e siècle, dans un monde beaucoup plus chaud que par le passé, même si on a pu connaitre par ci par là des épisodes chauds qui ont eu une durée limitée.

Figure 2. Température moyenne de juin à aout et précipitation cumulée d’avril à juin en Europe pour les 2500 dernières années reconstruites à partir des cernes d’arbres[2]. Les intervalles de confiance sont donnés à +/- 1 sigma. Les lignes noires représentent une autre reconstruction faite pour l’Allemagne et la Suisse par les mêmes auteurs. Les principales périodes historiques sont également indiquées.

Alors que le réchauffement actuel est provoqué essentiellement par les gaz à effet de serre (dioxide de carbone, méthane, …, issus des énergies fossiles et des activités humaines) les variations passées du climat ont été induites par les variations de l’activité solaire et les éruptions volcaniques (les particules et les aérosols émises par ces derniers ont un effet refroidissant). Ces fluctuations naturelles ont été moins fortes et moins rapides que les fluctuations anthropogéniques.  En définitive, il n’est pas clair que l’on soit mieux préparé au réchauffement actuel que les civilisations du passé face aux sécheresses, inondations naturelles, car si nous disposons de meilleurs moyens technologiques, les défis qui nous attendent sont bien plus graves que ceux du passé.


[1] Davis et al, 2003 : Référence complète
[2] Büntgen et al, 2011 : Référence complète