Je suis né en Ardenne, un massif montagneux qui culmine à moins de 700 m. Je choisis donc de revenir sur la terre de mes ancêtres. Le climat y est rude, mais bien moins que dans les zones boréales comme Churchill. Dans ces années 2030, les anciens disent même qu’il n’y a plus d’hivers. La neige ne couvre plus le sol que quelques semaines par an. Par contre le temps gris et l’humidité dominent, même en été. Il y a une dominance océanique qui a tendance à « pourrir » les étés et adoucir les hivers, c’est-à-dire que le mois le plus froid a une température moyenne supérieure à 0°C. Durant l’hiver 1944-1945, lors de la Bataille des Ardennes, qui s’est déroulée dans la région de Bastogne où je suis né, l’hiver était tellement rude que la neige et le brouillard ont failli provoquer l’échec de l’offensive des Américains. La station météo de Bastogne enregistrait lors des mois de janvier du début du 21e siècle une température moyenne de 0°C, maintenant, elle est de 2°C. Les étés sont passés de 15°C à 18°C. C’est comme si on avait translaté Bastogne à Liège. Les amateurs de cyclisme s’en trouvent chamboulés (durant mes années de lycée à Bastogne, le passage de cette course Liège-Bastogne-Liège à Bastogne se faisait souvent sous la neige). Faut-il s’en plaindre ?

Assenois – La Bataille des Ardenes

L’Ardenne Belge (attention! on dit les Ardennes françaises mais l’Ardenne Belge) est une région agricole et forestière. L’agriculture est tournée vers l’élevage. Les villages sont entourés de prairies. Mais il y a aussi de culture de céréales pour l’alimentation des bovins. Le changement climatique favorise de plus en plus les orages estivaux. Ces orages souvent violents font souvent tomber de la grêle sur les cultures. L’augmentation de température n’a pas rendu les étés plus stables, bien au contraire. La grêle, les fortes pluies  et les tempêtes abiment les cultures et ruinent les agriculteurs. Durant les hivers plus doux, les parasites ont tendance à survivre d’un été à l’autre. Il y a quelques années, les agriculteurs auraient utilisé force pesticides pour lutter contre ces parasites. C’était rendu nécessaire par l’absence de prédateurs anéantis par le remembrement (regroupement des petites parcelles agricoles). On avait rasé les haies d’arbres et d’arbustes qui séparaient les champs et qui servaient d’abris aux oiseaux afin de favoriser la mécanisation. Les oiseaux étaient partis ailleurs et les insectes pouvaient prospérer. Dans les années 2020, la Commission Européenne a fortement réglementé l’usage des pesticides. En 2021, le glyphosate (Round Up) a été interdit. Les agriculteurs ont retrouvé les bienfaits de la lutte écologique et en particulier ce qu’on appelle maintenant l’agro-foresterie mais qu’on appelait tout simplement l’agriculture dans la première moitié du 20e siècle, avant son intensification. On alterne cultures, prairies et petits espaces boisés et on a recréé des systèmes équilibrés où la nature aide l’homme (et vice-versa). La promotion des produits locaux et « bio » a permis aux agriculteurs de mieux vivre de leur production et d’offrir des produits de qualité. Si cela ne permet pas de lutter contre les événements extrêmes, la présence de barrières naturelles que sont les arbres permet de limiter les dégâts. Et puis, mieux nourris, on supporte mieux les aléas naturels !

Monoculture d’épicéas, plantées un peu partout en Ardenne

Les grands espaces forestiers, dans leur état naturel, étaient couverts de hêtres, de chênes, de charmes et de frênes. Au 20e siècle, une partie de ces forêts naturelles ont été remplacées par des monocultures d’épicéas, qui poussent beaucoup plus vite et sont donc plus rentables que ces feuillus. Ce conifère qu’on trouve normalement plus au nord et à l’est, se trouve maintenant en limite de son aire climatique, ce qui les rend vulnérables. Elles sont également vulnérables aux tempêtes devenues plus fréquentes et aux maladies des plantes qui prolifèrent à cause des hivers doux. Mais la nature reprend la main et les espèces originelles se réapproprient le territoire. Au plus grand bénéfice de leurs résidents que sont les cerfs, les chevreuils et les sangliers. Un chêne c’est peut-être moins beau avec des guirlandes à Noel, mais une forêt de chêne c’est irremplaçable pour les promenades.

Cette région est très peu peuplée, ce qui en fait un ilot semi-naturel au milieu d’une région très industrialisée entre l’Allemagne, les Pays-Bas, la Flandre et le nord de la France. C’est le poumon de la région. Elle a su développer un éco-tourisme de qualité basé sur les balades en forêt, la consommation de produits locaux, et la visite du patrimoine. Le réchauffement la rend encore plus attractive avec un climat plus agréable et une végétation qui retrouve ses couleurs d’antan.

Les forêts naturelles en Ardenne