Le climat en 2030

La température

En Afrique tropicale, nous connaissons en ces années 2030 un réchauffement par rapport à la période industrielle entre 1.5°C et 2°C sur les terres et entre 0.5 et 1°C sur les mers. Le contraste terre-mer est donc plus élevé qu’avant, ce qui modifie le système des vents. On définit une période de canicule par le plus long épisode de jours consécutifs durant lesquels la température journalière maximale excède un seuil dépendant de la région. On trouve que la durée moyenne de canicule pour l’Afrique de l’Ouest s’est accrue de 46 jours (avec une variabilité de 15 jours)[1]. Cette valeur signifie un important changement de régime climatique avec des répercussions incontestables sur la santé humaine.

La sécheresse au Sahel, la fréquence de tempêtes extrêmes a triplé

Précipitations et ressources en eau

Les pluies se sont modifiées surtout dans leur répartition saisonnière. On constate une diminution de la longueur des épisodes secs et en même temps une augmentation des fortes pluies, surtout sur la côte du Golfe de Guinée. Plus au nord, dans la savane, on constate une aggravation des sécheresses. Le risque est maximum dans le Sahel. Les pluies extrêmes peuvent être estimées par le cumul des pluies sur 5 jours successifs et les sécheresses par la longueur des épisodes secs. En Afrique de l’Ouest, l’indice de pluies extrêmes a augmenté de 6% et celui des sécheresses n’a pas changé. Les ressources en eau, estimée par la quantité d’eau non absorbée par les sols et la végétation, n’ont pas changé en moyenne sur l’Afrique de l’Ouest.

La végétation

Les biomes en Afrique sont principalement dépendants de l’eau et des régimes de feux. A plus long terme, la concentration atmosphérique en CO2 joue un rôle substantiel. Cela se fait par la compétition des plantes en C3 et C4 (en référence à la molécule qui fixe le carbone lors de la photosynthèse, qui contient respectivement trois et quatre atomes de carbone). Les plantes en C4 tolérantes aux variations de température font place aux arbres en C3 qui bénéficient plus de l’augmentation du CO2. Ces arbres accumulent suffisamment de biomasse pour récupérer après les feux, ce qui réduit, par compétition, les herbes en C4 et diminue ainsi la sévérité des futurs feux. Finalement, si le climat n’est pas trop sec, l’effet peut être bénéfique pour les arbres [2]. Quand les précipitations augmentent, la savane est partiellement remplacée par la forêt en moins de 20-30 ans. Dans les régions plus sèches, la mortalité des arbres s’accroît. C’est amplifié par les feux qui favorisent plutôt la végétation herbacée et arbustive qui récupère plus vite [3].

Localement une végétation donnée est caractérisée par sa phénologie qui détermine son cycle de vie d’une saison à l’autre. Il s’agit des dates de la floraison, du débourrement, de la fructification, de la chute des feuilles, etc … La phénologie, dépendante du cycle saisonnier, est un indicateur du changement climatique. Elle régule les flux d’énergie, d’eau et de carbone entre le sol et l’atmosphère. Les étapes printanières de la phénologie sont de plus en plus précoces. La saison de croissance s’en est trouvée rallongée. Combinée à l’augmentation de la concentration de CO2, cela permet une plus grande allocation de carbone aux racines, une plus grande fécondité, une plus grande biomasse au bénéfice surtout des forêts. Comme l’Afrique est couverte à 17% de forêts, elle contribue donc significativement au stockage du carbone que les activités humaines émettent de plus en plus. Elles n’en restent pas pour autant vulnérables en périodes de sécheresses.

L’agriculture

La production agricole diminue au Sud du Sahara plus ou moins fortement selon les méthodes de culture. Les agrosystèmes séquentiels traditionnels, c’est-à-dire avec deux récoltes successives annuelles différentes entrecoupées d’un temps de jachère, résistent mieux au changement climatique. Ce genre de pratique traditionnelle fournit donc une solution possible d’adaptation au changement climatique. La modification des dates de semis en fonction du changement climatique en est une autre. Les cultures les plus sensibles au réchauffement et au déclin des précipitations sont le blé et le maïs, cultures qui justement ne sont pas traditionnelles. Ces deux cultures ont vu leur rendement diminuer de respectivement 13% et 11% en Afrique de l’Ouest. Cela a favorisé le retour à des cultures traditionnelles plus résistantes comme le mil. Le Sud de la Côte d’Ivoire a perdu son leadership sur le cacao qui requiert des plateaux plus élevés pour compenser l’élévation de la température, comme ceux du Ghana ou du sud-ouest de la Côte d’Ivoire.

La région où la sécheresse est devenue la plus prégnante est la région Sub-Saharienne (le Sahel). Cette région était déjà sèche avant le réchauffement. Ses habitants vivaient d’élevage et de cultures adaptées. Actuellement les récoltes ont diminué de 10 à 20%. Pour éviter des famines généralisées, les agriculteurs ont mis en place des techniques efficaces, en utilisant des semences adaptées à la sécheresse et en optimisant l’irrigation. L’élevage apporte les protéines animales nécessaires et la matière organique aux sols.

Le climat n’est pas le seul générateur de stress pour l’agriculture. Les impacts d’un climat plus sec sont amplifiés par l’artificialisation et la dégradation des terres, la difficulté d’accès à l’eau, la fragmentation des pâturages, la sédentarisation, la privatisation des terres, l’immigration des non-pastoralistes dans les zones à pâturage, le manque d’opportunités pour diversifier l’élevage, les crises politiques et les conflits, la faiblesse des réseaux sociaux sécurisés, l’accès non sécurisé aux terres, marchés et autre ressources [4].

L’élevage est un élément indispensable de l’agriculture au Burkina Faso, et particulièrement sur les terrains peu fertiles pour les cultures.

La pêche artisanale

La pêche artisanale dans le Golfe de Guinée comme ailleurs fournit de la nourriture à des millions de personnes. Très souvent les populations dépendent du poisson comme source de protéines. Cette source se dégrade à cause du réchauffement, de l’acidification de l’océan, mais surtout de la pollution, de la sur-pêche et du développement non soutenable de la côte. Depuis de nombreuses années, cette source de protéine vient à manquer. On calcule une baisse potentielle de 7% des prises rien qu’à cause du changement climatique dans le Golfe de Guinée [5]. Si le réchauffement global se poursuit jusqu’à atteindre +2°C, cette baisse pourrait atteindre 17%. Des solutions d’atténuation sont mises en place, comme la gestion et la protection des espaces marins, l’aquaculture soutenable et le développement de sources de protéines alternatives.

La pêche au Sénégal est de plus en plus périlleuse

La pauvreté et les migrations

Le changement climatique est un multiplicateur de pauvreté qui fait les pauvres plus pauvres et qui en accroit le nombre. Ces pauvres sont lourdement affectés même si le reste de la population peut s’adapter. Cela n’est pas sans conséquences économiques. D’après certaines études, chaque augmentation de la température de 1°C réduit la productivité du travail de 1 à 3%, du moins pour ceux qui travaillent dehors ou sans climatisation. Les impacts sont les plus forts dans les villes et dans certaines régions rurales de l’Afrique Sub-Saharienne.

Quand les conditions deviennent intenables, les migrations sont reconnues comme des réponses adaptatives aux changements climatiques. Ces migrations peuvent être volontaires, planifiées ou forcées. La majorité d’entre elles peuvent rester dans leur pays en migrant des campagnes vers les villes. Le taux d’urbanisation de l’Afrique est déjà le plus haut du monde, et il n’a cessé d’augmenter si bien que la moitié de la population vit actuellement dans les villes. Les campagnes ne suffisent plus à nourrir les villes. Cela appelle des migrations internationales, principalement dans les pays voisins. Elles ont toujours existé et sont amplifiées par temps de guerre (Erythrée, Syrie il y a vingt ans). Même si elles sont considérées comme traditionnelles, elles peuvent être sources de conflits (par exemple en Côte d’Ivoire au début du 21esiècle).


Le changement climatique amplifie les migrations

La santé humaine

Le principal danger pour la santé humaine en Afrique est la sous-nutrition. Cette sous-nutrition qui a toujours été latente dans le Sahel est amplifiée par la sécheresse. Dans les régions plus humides, le risque de malaria s’est étendu avec son vecteur, le moustique anophèle, qui profite d’une saison plus longue et plus chaude et de l’augmentation de la démographie. L’Afrique souffre également d’une infection qui n’est pas liée au climat, à savoir le VIH. Mais cette infection tend à amplifier les risques sur la santé liés au changement climatique, à savoir les maladies chroniques, la pauvreté, ceux liés aux événements climatiques extrêmes et à la sous-nutrition. La fièvre de la Vallée du Rift est une autre maladie virale qui affecte les humains et les animaux domestiques. Elle est liée à la variabilité intra-saisonnière des précipitations qui a changé depuis quelques années. Les migrations ont aussi des implications sur la santé. Par exemple la diffusion de la malaria sur les plateaux de l’Afrique de l’est est associée à la migration des vallées vers les plateaux. D’autres répercussions sont bien connues comme la perte du lien social et de l’identité culturelle [6].


[1]. Schleussner et al., 2015: Référence complète
[2]. Serdeczny et al., 2017: Référence complète
[3]. Scheiter et al., 2009: Référence complète
[4]. Niang et al., 2014: Référence complète
[5]. Cheung and Reygondeau, 2015: Référence complète
[6]. Serdeczny et al., 2017: Référence complète

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