Est Africain : le Kenya et son histoire

Je me suis rendu au Kenya la première fois en 2001 pour une conférence scientifique sur l’histoire de la végétation africaine. Cette conférence se tenait dans la capitale, Nairobi. Elle m’a permis de visiter le Parc National de Nairobi et celui de Nakuru et ainsi de voir pour la première fois les nombreux animaux qui sont préservés dans ces parcs. Je suis revenu 18 ans plus tard pour des vacances et un safari photos dans les parcs d’Amboselli, Nakuru et Masai Mara.
Le pays avait beaucoup changé. Le contraste entre traditions et modernité était saisissant. Celui entre riches et pauvres également.

Au niveau environnemental, le Kenya est sans doute une des pays africains les plus avancés. Déjà en 1917, le colonisateur anglais avait interdit le commerce de l’ivoire. Par la suite, le Kenya indépendant eut très tôt une politique de conservation de la biodiversité, avec l’implantation de parcs. Le premier parc d’Afrique orientale fut établi en 1946. Il s’agit du parc national de Nairobi. Le pays possède aujourd’hui 17 parcs ou réserves (dont 10 avec forêt) pour une superficie de l’ordre de 10% de la superficie du pays (Pfeifer et al, 2012). Il y a quand même une ombre au tableau. Entre 2000 et 2009, les forêts dans les parcs ont régressé de 15%. De nombreuses espèces sont encore en danger (voir la liste rouge de l’IUCN : https://www.iucnredlist.org). Le plus célèbre des parcs est certainement celui de Masai Mara, un parc géré par la tribu des Masaïs et les autorités provinciales. En 2017, le gouvernement Kenyan a pris des mesures drastiques pour éliminer le plastique. Les emballages plastiques sont interdits et les bouteilles en plastiques ont été remplacées progressivement par des bouteilles en verre. Bien en avance sur beaucoup de pays européens !

Un village kenyan où se cotoyent la modernité la plus récente et les cahutes les plus rudimentaires
Troupeau de gnous dans la réserve de Masai Mara

Le Kenya au début du 21e siècle

A cheval sur l’equateur, le Kenya bénéficie d’un climat équatorial dans les plaines du sud, mais ce climat est contrasté avec de nombreux reliefs, des déserts au nord et l’influence de l’Océan Indien à l’est. Le littoral est long de 450 km. La Vallée du Rift, qui relie la Mer Rouge au Mozambique sur 9500 km, traverse le pays avec ses hauts plateaux et son chapelet de lacs. L’ouest borde le Lac Victoria et la région nord-est est formée de plaines arides. Il y a donc un contraste important entre une côte chaude et humide, un nord torride et désertique, et un climat agréable sur les plateaux du centre (altitude moyenne de 1300 m), du nord et de l´ouest. Sur les plateaux, les nuits sont fraîches et même froides. La température ne descend jamais en dessous de 20° la nuit sur la côte (Mombasa). Il y a deux saisons des pluies (de mars à mai et novembre-début décembre). La saison chaude (et sèche) va de décembre à février, avec des températures moyennes entre 25 et 30° sur la côte, et entre 14 et 25° à l’intérieur du pays. La saison des pluies ne sont pas réellement torrentielles mais elles peuvent rendre les pistes parfois impraticables.

L’économie du Kenya est basée sur le thé, le café, le tourisme et l’horticulture. Cela permet de compenser de faibles ressources énergétiques. À ce sujet le pays a d’ailleurs développé l’énergie géothermique grâce à l’activité géologique du rift. Ses relativement bonnes performances ne voilent pas les problèmes liés aux inégalités. La pauvreté était encore le lot de près de 60% de la population et les inégalités n’ont pas cessé de se creuser.

Un peu d’histoire

Les plus anciens fossiles des hominidés du Kenya ont été découverts en 1969 par Richard Leakey aux alentours du lac Turkana, au nord du Kenya. Un squelette fut mis à jour d’un jeune homme daté de 1,6 millions d’années.

La dernière période glaciaire était relativement sèche, et la déglaciation entre 15 et 11 mille ans avant le présent (BP) s’est accompagnée en Afrique de l’Est par une augmentation généralisée du niveau des lacs du Rift (Tierney and DeMenocal, 2013). La première partie de l’Holocène (11 à 5000 ans BP) est restée très humide. C’est ce qu’on a appelé la Période Africaine Humide (AHP). Ce climat chaud et humide ne favorisait pas les implantations humaines. Ces hauts niveaux lacustres étaient liés aux paramètres astronomiques de l’orbite terrestre. Cette période s’est terminée vers 5000 ans BP de manière abrupte selon certains auteurs (Tierney and DeMenocal, 2013).

Le climat devint plus sec rendant le pays plus hospitalier. Des peuples venus d’Ethiopie s’y installèrent. D’autres peuplades vinrent de tout le continent, en particulier les Bantous du delta du Niger. Les principales ethnies du Kenya en sont les descendants, alors que les Masaïs descendent des premiers peuples venant d’Ethiopie. Ces implantations humaines ont permis de développer l’agriculture au prix de l’amplification de la déforestation et sans doute contribué à l’amplification de l’assèchement du climat (Wright, 2017).

L’anomalie climatique médiévale (MCA en anglais, 800-1200) apparaît assez chaude, surtout à partir de 1100 (Nicholson et al, 2013). Il s’en est suivi comme dans beaucoup d’autres parties du monde une période plus froide appelée « Petit Âge Glaciaire » (LIA en anglais). Les niveaux du lac Tanganyika étaient en général assez élevés durant le MCA, en particulier pendant les périodes 250-550, 800-1050, 1250-1400 tandis que le LIA était assez sec, en particulier la période 1600-1750 (Stager et al, 2009). Dans la région du Lac Victoria, on note une recrudescence des incendies de forêt (vers -100 à 100 et 250 à 500) grâce à une température élevée et une biomasse herbeuse plus abondante (Battistel et al, 2017). Ces variations sont liées à l’activité du soleil.

Paysage de la réserve Masai Mara

A partir du VIIIe siècle quand les marchands arabes fondèrent des comptoirs commerciaux sur le littoral de l’Océan Indien, se mêlant à la population locale et donnant naissance à la culture Swahilie, le climat était plutôt frais et sec. C’était également le cas quand, à partir du XVIe siècle, les Portugais prirent possession de la côte. Ensuite, toujours dans le même type de climat, au 19e siècle, la colonisation européenne envahit toute l’Afrique. La Conférence de Berlin en 1884 attribua le Kenya à la couronne Britannique. Il devint un protectorat britannique en 1895 et une colonie en 1920. En 1963, le Kenya accède à l’indépendance avec Jomo Kenyatta comme président. Son pouvoir devient progressivement dictatorial et corrompu. En 1978, son vice-président, Daniel Arap Moi lui succède pendant 25 ans. Après les élections de 2002 qui ont marqué un changement de pouvoir (Mwai Kibaki) et après 2013 qui a vu le retour du clan Kenyatta avec Uluru Kenyatta, le fils du premier président, la violence ne s’arrête pas vraiment et le pays peine à se redresser.

A partir du 20e siècle, le climat s’est réchauffé avec une accélération récente. Le début du 21e siècle apparaît de 1 à 2°C plus chaud que le MCA (Nicholson et al, 2013). Cela se traduit par plusieurs années de sécheresse. Au printemps 2018, des inondations consécutives à ces sécheresses font 200 morts dans le centre et le sud du pays. Depuis quelques années, les niveaux des lacs de la Vallée du Rift, comme Naivasha (voir figure) se élevés de plusieurs mètres, pour des raisons tectoniques (n’oublions pas que cette région est géologiquement active).

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