Le Sahara n’a pas toujours été un désert. Durant la première moitié de l’Holocène, entre 12 000 et 6000 ans, le climat était généralement plus humide que maintenant sur au moins la moitié nord de l’Afrique. On appelait cette période la « Période Humide Africaine » (PHA). En fait la transition vers un climat plus sec a commencé il y a 8000 ans à cause d’un changement dans la position de la Terre par rapport au Soleil. Ce n’est pas un changement anormal. La Terre voit en permanence son orbite fluctuer à cause de l’influence gravitationnelle des autres planètes. C’est l’explication des alternances périodes glaciaires – périodes interglaciaires. Il y a 8000 ans donc, après une longue période humide, le climat commence à changer et ces changements sont amplifiés par les changements de la végétation. Elle devient plus sèche, plus rare et retient moins l’humidité. C’est ce qu’on appelle une rétroaction positive (moins de pluie induit encore moins de pluie). Certains indicateurs des changements passés, qu’on appelle « proxies », montrent une transition rapide et d’autres une transition graduelle. C’est après 6000 ans, qu’un climat plus sec s’est généralisé.

Certains scientifiques [1] disent que l’homme a amplifié le phénomène. Il se serait adapté au changement climatique en se sédentarisant et en développant l’agriculture qui implique une déforestation du paysage et donc qui accentue la tendance climatique. En particulier, le pastoralisme nécessite des pâturages et donc un déboisement plus ou moins important selon la densité de population. Les cultures de céréales ont les mêmes exigences. Ce phénomène se rencontre sur tous les continents, mais à des moments différents. C’est ce qu’on appelle la néolithisation. On assiste à un appauvrissement de la biodiversité, une transformation du paysage en un biome dominé par les arbustes (végétation xérophitique). Il y a 2600 ans, les populations Bantoues d’Afrique Centrale se sont développées fortement et ont éclairci la forêt pour la culture du mil et du palmier à huile [2]. Déjà à cette époque l’homme a pu avoir une empreinte décisive sur les écosystèmes qui ont changé au point que certains auteurs ont pu y voir une conséquence du changement climatique (aridification) [3].
Certains auteurs [4] font remonter l’Anthropocène, la période où l’action de l’homme domine la variabilité naturelle du climat, au milieu de l’Holocène avec la néolithisation. On observe dans les carottes de glace en effet une augmentation du CO2 il y a 8000 ans et du méthane il y a 5000 ans. D’après ces auteurs, on devrait être dans une période de refroidissement depuis plusieurs milliers d’années et c’est l’augmentation des gaz à effet de serre qui le contrecarre. Cette tendance à la hausse du CO2 est elle-même due à la déforestation par l’homme dans le bassin Méditerranéen mais aussi ailleurs et celle du méthane à la culture du riz en Asie. Ce serait donc le début de la tendance au réchauffement qui s’est accentuée durant le dernier siècle.



Qu’il soit d’origine naturelle ou humaine, le changement climatique du milieu de l’Holocène avec la fin de la PHA, est à l’origine de gros changements en Afrique avec la fin de ce qu’on a appelé le Sahara Vert. Un Sahara couvert de végétation herbacée et arbustive a cédé la place à un désert de sable à cause d’un affaiblissement de la mousson du Golfe de Guinée. On constate bien actuellement une progression du désert vers le sud et vers le nord qui est à la fois dû aux sécheresses plus nombreuses et plus accentuées et à l’action de l’homme qui a artificialisé les sols et supprimé nombre de barrières naturelles. C’est tellement vrai qu’au début du 21e siècle, on a vu naitre le projet d’une Grande Muraille Verte à travers l’Afrique (Figure 1) pour stopper l’avancée du désert. Le projet est bien avancé à l’ouest de l’Afrique, mais pas à l’est qui est trop souvent en guerre. Au Sénégal, la population s’est impliquée et l’installation des parcelles sur 15 km de large s’est accompagnée d’un long travail de sensibilisation des habitants. La tâche n’était pas facile chez une population d’éleveurs transhumants que sont les Peuls. Il est intéressant de remarquer que l’idée a le plus progressé chez les femmes avec qui ont été développées des coopératives de jardins polyvalents qui ont permis de cultiver des denrées pour l’autoconsommation et la revente sur les marchés. Les éleveurs ont eu accès à du fourrage pour leurs animaux. Les résultats sont mesurables au Sénégal avec un ralentissement de la désertification dans ce pays. On voit même des espèces locales se régénérer à côté des espèces plantées.

 

Figure 1. Tracé de la Grande Muraille Verte

[1] Wright, 2017 : Référence complète
[2] Garcin et al, 2018 : Référence complète
[3] Maley et al., 2017 : Référence complète
[4] Ruddiman, 2006 : Référence complète