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Le Kenya avant l’Anthropocene

Les plus anciens fossiles des hominidés du Kenya ont été découverts en 1969 par Richard Leakey aux alentours du lac Turkana, au nord du Kenya. Un squelette d’un jeune homme daté de 1,6 millions d’années fut mis à jour. Un peu plus tard, en 1974, sur le territoire des Afar (Ethiopie), dans la vallée du Rift, l’illustre Lucy vieille de 3,2 millions d’années fut découverte par une équipe dirigée par Maurice Taieb, Donald Johanson et Yves Coppens. L’Afrique de l’Est a longtemps été considérée comme le berceau de l’humanité. En fait c’est plus complexe que ça.

Avant l’anthropocène, il y avait l’Holocène

On saute plusieurs millions d’années et on arrive à la dernière période glaciaire, qui était relativement sèche, et qui s’est terminée entre 15 et 11 mille ans avant le présent (BP). Elle s’est accompagnée en Afrique de l’Est par une augmentation généralisée du niveau des lacs du Rift (Tierney and DeMenocal, 2013). La première partie de l’Holocène (11 à 5000 ans BP) est restée très humide. C’est ce qu’on a appelé la Période Africaine Humide (AHP). Ce climat chaud et humide ne favorisait pas les implantations humaines. Ces hauts niveaux lacustres étaient liés aux paramètres astronomiques de l’orbite terrestre. Cette période s’est terminée vers 5000 ans BP de manière abrupte selon certains auteurs (Tierney and DeMenocal, 2013).

Le climat devint plus sec rendant le pays plus hospitalier. Des peuples venus d’Ethiopie s’y installèrent. D’autres peuplades vinrent de tout le continent, en particulier les Bantous du delta du Niger. Les principales ethnies du Kenya en sont les descendants, alors que les Masaïs descendent des premiers peuples venant d’Ethiopie. Ces implantations humaines ont permis de développer l’agriculture au prix de l’amplification de la déforestation et sans doute contribué à l’amplification de l’assèchement du climat (Wright, 2017).

La période historique

L’anomalie climatique médiévale (MCA en anglais, 800-1200) apparaît assez chaude, surtout à partir de 1100 (Nicholson et al, 2013). Il s’en est suivi comme dans beaucoup d’autres parties du monde une période plus froide appelée « Petit Âge Glaciaire » (LIA en anglais). Les niveaux du lac Tanganyika étaient en général assez élevés durant le MCA, en particulier pendant les périodes 250-550, 800-1050, 1250-1400 tandis que le LIA était assez sec, en particulier la période 1600-1750 (Stager et al, 2009). Dans la région du Lac Victoria, on note une recrudescence des incendies de forêt (vers -100 à 100 et 250 à 500) grâce à une température élevée et une biomasse herbeuse plus abondante (Battistel et al, 2017). Ces variations sont liées à l’activité du soleil.

Paysage de la réserve Masai Mara

A partir du VIIIe siècle quand les marchands arabes fondèrent des comptoirs commerciaux sur le littoral de l’Océan Indien, se mêlant à la population locale et donnant naissance à la culture Swahilie, le climat était plutôt frais et sec. C’était également le cas quand, à partir du XVIe siècle, les Portugais prirent possession de la côte. Ensuite, toujours dans le même type de climat, au 19e siècle, la colonisation européenne envahit toute l’Afrique. La Conférence de Berlin en 1884 attribua le Kenya à la couronne Britannique. Il devint un protectorat britannique en 1895 et une colonie en 1920. En 1963, le Kenya accède à l’indépendance avec Jomo Kenyatta comme président. Son pouvoir devient progressivement dictatorial et corrompu. En 1978, son vice-président, Daniel Arap Moi lui succède pendant 25 ans. Après les élections de 2002 qui ont marqué un changement de pouvoir (Mwai Kibaki) et après 2013 qui a vu le retour du clan Kenyatta avec Uluru Kenyatta, le fils du premier président, la violence ne s’arrête pas vraiment et le pays peine à se redresser.

A partir du 20e siècle, le climat s’est réchauffé avec une accélération récente. Le début du 21e siècle apparaît de 1 à 2°C plus chaud que le MCA (Nicholson et al, 2013). Cela se traduit par plusieurs années de sécheresse. Au printemps 2018, des inondations consécutives à ces sécheresses font 200 morts dans le centre et le sud du pays. Depuis quelques années, les niveaux des lacs de la Vallée du Rift, comme Naivasha (voir photo) se élevés de plusieurs mètres, pour des raisons tectoniques (n’oublions pas que cette région est géologiquement active).

L’élévation du niveau du Lac Naivasha durant les années 2010 s’est traduite par la mort des arbres submergés
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