Sortie du rapport spécial du GIEC sur le changement climatique global +1.5°C (SR1.5)

La Conférence des Parties (COP21) a invité le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) à présenter un rapport spécial en 2018 sur les conséquences d’un réchauffement planétaire supérieur à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, de montre les gains par rapport à un réchauffement de 2°C ou plus et enfin de présenter les scénarios d'émissions mondiales de gaz à effet de serre qui permettraient de limiter le réchauffement global à ces valeurs.

Invitation acceptée par le GIEC à sa 43e session à Nairobi, Kenya, 11 – 13 April 2016. Ce rapport a été réalisé sous la houlette des trois groupes de travail du GIEC par 86 auteurs et “review editors” issus de 39 pays.

Voici les conclusions principales de ce rapport:

Le réchauffement global a atteint approximativement 1°C (avec une incertitude de 0.2°C) au-dessus du niveau pré-industriel (grosso-modo fin du 19esiècle) en 2017. Il est prouvé que le responsable est l’émission des gaz à effet de serre (GES). Il s’accroit actuellement en moyenne de 0.2±0.1°C tous les 10 ans. A ce rythme, le seuil de 1.5°C sera atteint vers 2040. Ceci est une valeur moyenne à l’échelle du globe, car il y a de nombreuses régions où ce réchauffement est plus important (par exemple la Méditerranée ou les régions arctiques); Le réchauffement est plus marqué sur les continents que sur les océans et certaines saisons (souvent l’été) sont plus affectées que d’autres. On ne peut pas affirmer avec une grande confiance que la limite de +1.5°C pourra être respectée.

Les risques pour les systèmes naturels et humains sont significativement plus faibles pour un réchauffement global de 1.5°C que pour 2°C, mais cela dépend des régions, de leur niveau de développement, de leur vulnérabilté et de leurs choix d’adaptation et atténuation. Les risques sont plus faibles pour un réchauffement graduel jusque 1.5°C que pour un « overshooting » (un dépassement temporaire du seuil avec retour en dessous du seuil avant 2100). La capacité d’adaptation à un réchauffement de 1.5°C implique des changements sociétaux qui implique une résilience socio-écologique. Un développement durable, l’éradication de la pauvreté sont des facteurs importants de l’adaptation, car les pauvres (pays pauvres et pauvres des pays plus riches) sont extrêmement touchés par le réchauffement mais également par les politiques de réduction des GES.

Si on arrive à limiter le réchauffement à +1.5°C au lieu de +2°C par rapport aux valeurs pré-industrielles, on en retirera des gains sensibles pour différents secteurs :

  • les températures extrêmes (tempêtes, inondations, canicules, sécheresses)
  • la ressource en eau, en particulier en région Méditerranéenne et en Afrique du Sud
  • la perte de biodiversité terrestre, particulièrement les plantes, les vertébrés, les insectes (facteur 2)
  • les feux de forêt, les espèces invasives
  • les écosystèmes en zones sèches (plus qu’en zones humides)
  • la toundra (réduction par avancée de la forêt), le pergélisol (2 millions de km2 sauvés)
  • certains services écosystémiques (par exemple stockage du carbone par les sols et la biomasse)
  • la biodiversité marine qui souffre d’un effet combiné de la température, l’acidification et l’hypoxie (diminution de l’oxygène dissous)
  • la fréquence d’étés sans glace marine (facteur 10)
  • les espèces marines, en particulier celles qui ont une enveloppe calcaire (coquillages, coccolites, coraux)
  • le niveau moyen des océans (10 cm de gagné, soit 10 millions de gens exposés en moins)
  • la santé dans les ilots de chaleur urbains
  • la production agricole, en particulier dans les régions tropicales

Si l’on dépasse temporairement le seuil de +1.5°C, les effets seront irréversibles pour les écosystèmes terrestres, pour les glaciers. Les récifs coralliens seront déjà détruits à 70-90% pour 1.5°C. L’effet sur le niveau de la mer lié à l’augmentation des GES sera ressenti bien après 2100. Les options d’adaptations seront beaucoup plus facilement mises en place avec un réchauffement limité à 1.5°C, par des investissements dans la santé, la sécurité, l’assurance, la gestion du risque et l’éducation.

Toutes les trajectoires d’émission conduisant à maintenir la température globale en dessous de 1.5°C, impliquent des réductions rapides de CO2 et d’autres gaz pour atteindre la valeur zéro au milieu du siècle (le stockage doit compenser les émissions). Pour optimiser les chances de satisfaire les Accord de Paris avec un dépassement temporaire limité à maximum 0.2 °C, il faudrait atteindre les émissions zéro en 2050 (contre 2075 pour 2°C). Pour cela, les émissions de GES doivent être réduite de 45% en 2030 par rapport à 2010 (contre 20% pour 2°C). En parallèle, il faut retrouver des capacités de stockage optimales et durables. La compensation par stockage de carbone doit être basée sur une grande diversité de méthodes (afforestation, reforestation, utilisation de la biomasse des déchets, amélioration du stockage de carbone dans les sols, …). Les chances de succès dépendent de la capacité des institutions et des gouvernements à la mettre en place avec la participation des populations. Néanmoins, l’objectif de +1.5°C doit davantage cibler une diminution réelle des émissions du CO2 plutôt qu’augmenter le stockage.

Il faut privilégier les mesures qui ont des co-bénéfices clairs comme l’amélioration de la biodiversité et des écosystèmes, la restauration des sols, la qualité de l’alimentation, la santé. Les économies d’énergie doivent être visées, avec une plus grande part de l’électricité dans la demande énergétique. Il faut que la part du renouvelable en 2050 soit de 49-67%, et que la part du charbon soit réduite à 1-7%. Il faut également maintenir l’intensification de l’occupation des terres (urbanisation) à des valeurs soutenables. Il faut radicalement changer de mode d’alimentation (moins de protéines animales). L’industrie doit réduire de 70-90% ses émissions en 2050 par rapport à 2010. Il faut diminuer radicalement le transport individuel motorisé.

Le coût marginal du carbone (c’est-à-dire le coût de la dernière tonne évitée) varie d’un facteur trois à quatre selon qu’on vise un objectif de +2°C ou +1.5°C. Une aide conséquente à destination des pays en développement et pour les pauvres en général est nécessaire. L’enjeu majeur est qu’on ne peut imaginer enclencher la transition qu’à la condition qu’elle ne se traduise pas par plus de chômage à court terme, ou bien par un ralentissement de sortie de la pauvreté dans les pays en développement. Les mesures d’atténuation pour l’objectif +1.5°C peuvent engendrer des effets négatifs sur le développement tel que pensé aujourd’hui (par exemple diminution du PIB lié à l’utilisation des énergies fossiles), mais la diversification de l’économie et du secteur énergétique pour la transition environnementale est un nouveau paradigme à mettre en place. Les trajectoires de développement durable associées à des enjeux d’atténuation et d’adaptation pour limiter le réchauffement à +1.5°C couteront moins cher que celles basées sur une grande fragmentation de la société et des grandes inégalités. Cela requiert une forte coordination institutionnelle, sociale, culturelle, économique et technologique.