Climat 2030

Voyage d’un paléoclimatologue à travers les biomes de 2030

Actualité

30 janvier 2019
” Pour lutter contre le changement climatique, il faut cibler les super-riches plutôt que les pauvres !” concluent Otto et ses collègues dans un article paru récemment dans Nature Climate Change

En 2017, le monde comptait 36 millions d’adultes avec des biens supérieurs à 1 million de dollars et 148 000 avec des biens au-dessus de 50 millions (Global Wealth Report 2017 du Credit Suisse AG). Les super-riches sont les moins vulnérables aux désastres occasionnés par le changement climatique mais ils sont les plus influents sur les choix technologiques de nos sociétés et les politiques menées. Leur mode de consommation aide à la pénétration des nouvelles technologies qui ne sont pas encore accessibles à la classe moyenne. Ils sont donc un modèle pour les classes les plus aisées. L’empreinte carbone individuelle des 1% les plus riches est 175 fois plus élevée que celle des 10% les plus pauvres (Oxfam, Extreme Carbon Inequality 2015).

À partir d’interviews de trois super-riches et d’un pilote de jet privé, Otto et al (2019) ont utilisé un calculateur d’empreinte carbone pour déduire les émissions de gaz à effet de serre typiques de cette catégorie de population. Leurs résultats, même s’ils ne sont pas statistiquement basés sur de nombreux cas, sont édifiants. Ils ne concernent que le train de vie. Un foyer typique de deux super-riches (avec plus d’un million de dollars investis en bien immobiliers) émet 129,3 tonnes d’équivalent CO2 (tCO2e) par an, plus de la moitié étant émis en voyages aériens. En généralisant, les auteurs calculent que les 0.54% les plus riches de la population mondiale émettent 3,9 milliards de tCO2e par année, soit 13,6% de la portion des émissions reliée au mode de vie, contre 10% des émissions des 50% les plus pauvres. D’autres études (Chancel et Piketty, 2015) calculent même un écart nettement plus grand.

Il y a donc un gain énorme à inciter cette catégorie de la population à réduire ses émissions dues à leur train de vie. Cela peut se faire par des résidences neutres en carbone, des véhicules électriques. Voyager moins et surtout éviter les jets privés est une source importante de réduction des émissions. Viser les super-riches est donc beaucoup plus efficace que viser les pauvres qui émettent surtout pour assurer leur survie. Les taxes environnementales ne sont pas efficaces pour ces super-riches, ce qu’il faut c’est des règles contraignantes sur les émissions. Néanmoins, taxer les héritages de ces super-riches permet d’engendrer des revenus pour lutter contre le changement climatique. Pour comparaison, en 2017, 44 héritiers ont totalisé 189 milliards de dollars d’héritage, alors que le Fonds Vert mis en place pour la transition mondiale a financé en 2016 seulement 2,78 milliards de dollars de projets.

Les super-riches sont très organisés et influencent fortement les politiques nationales et internationales. Une forte pression sociale est nécessaire pour changer cela. Il faut responsabiliser les riches qui bénéficient des politiques publiques sans forcément assumer leurs obligations environnementales.

Référence (en anglais) :
Ilona M. Otto, Kyoung Mi Kim, Nika Dubrovsky & Wolfgang Lucht
Shift the focus from the super-poor to the super-rich @Nature Climate Change


22 octobre 2018
Le Bassin Méditerranéen, théâtre de l’accélération des changements environnementaux en cours

Les changements climatiques s’accélèrent dans le bassin méditerranéen. Ils exacerbent d’autres problèmes environnementaux déjà existants comme les changements dans l’utilisation des sols (urbanisation, agriculture intensive) ou la pollution croissante qui conduisent au déclin de la biodiversité. Une équipe internationale menée par Wolfgang Cramer et Joël Guiot fait le point dans une synthèse publiée dans la revue Nature Climate Change.

Cette synthèse est publiée dans la revue Nature Climate Change. Dans cette région, la température annuelle a déjà augmenté de 1.4°C depuis l’ère préindustrielle, soit 0.4°C de plus que la température globale. Durant les deux dernières décennies, la surface de la Méditerranée s’est élevée de 60 mm accompagnée d’une acidification significative. Même avec un réchauffement global futur limité de 2°C, comme demandé par l’Accord de Paris, les précipitations estivales risquent fort de diminuer de 10 à 30 % selon les régions, aggravant les pénuries d’eau et provoquant une décroissance forte de la productivité agricole, surtout dans les pays du Sud. Pour satisfaire les besoins de l’agriculture, la demande en eau d’irrigation augmentera de 4 à 22 % selon l’accroissement de la population. Cette demande devrait entrer en concurrence avec d’autres usages (eau potable, industrie, tourisme) et elle va provoquer des conflits entre les utilisateurs, les propriétaires et même les gouvernements. Les impacts du changement climatique sur la production agricole combinée à la demande croissante en produits animaux vont accroitre la dépendance des pays du sud par rapport à l’extérieur (50 % des produits alimentaires du Maghreb). Les risques pour les pêcheries, dus au réchauffement, à l’acidification et à la surpêche, sont également importants.

Suite à la fonte des glaciers au niveau mondial, la hausse du niveau de la mer est aussi en accélération et risque de dépasser les estimations récentes. En Méditerranée, ce phénomène touchera une très large population localisée sur les côtes par des inondations côtières importantes. Les intrusions marines ont déjà affecté les sols et les nappes phréatiques ; ce phénomène va s’amplifier avec des conséquences sur les ressources agricoles et la biodiversité. La santé humaine est également touchée par les changements en accélération (virus du Nil Occidental, dengue, chikungunya, maladies cardio-vasculaires et respiratoires). Dans des pays politiquement fragiles, les risques socio-économiques avec leurs corollaires (guerres, famines et migrations) sont de plus en plus attribuables aux changements environnementaux.

Pour faciliter les réponses des décideurs politiques à ces risques, un grand effort de synthèse des connaissances scientifiques existantes est nécessaire, en incluant toutes les disciplines et secteurs. Cela est fait d’une façon insuffisante dans les rapports du GIEC et de l’IPBES qui ne traitent pas le bassin méditerranéen dans son intégralité. Voilà l’objectif du réseau MedECC (Mediterranean Experts on Climate and Environmental Change). Fort de près de 400 scientifiques réunis en connexion avec des organisations des gouvernements et d’acteurs sociétaux, il vise à produire un premier rapport d’évaluation des risques environnementaux et climatiques en région Méditerranéenne.

Référence :
Cramer W, Guiot J, Fader M, Garrabou J, Gattuso J-P, Iglesias A, Lange MA, Lionello P, Llasat MC, Paz S, Peñuelas J, Snoussi M, Toreti A, Tsimplis MN, Xoplaki E (in press)
Climate change and interconnected risks to sustainable development in the Mediterranean. @Nature Climate Change

 Contacts chercheurs
Wolfgang CRAMER – IMBE (CNRS/Aix-Marseille Université/IRD/Université d’Avignon)
Joël GUIOT – CEREGE (CNRS/Aix-Marseille Université/IRD/INRA/Collège de France)


8 octobre 2018
Sortie du rapport spécial du GIEC sur le changement climatique global +1.5°C (SR1.5)

(article 21) La Conférence des Parties (COP21) invite le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) à présenter un rapport spécial en 2018 sur les conséquences d’un réchauffement planétaire supérieur à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels et les profils connexes d’évolution des émissions mondiales de gaz à effet de serre;

Invitation acceptée par le GIEC à sa 43e session à Nairobi, Kenya, 11 – 13 April 2016. Ce rapport a été réalisé sous la houlette des trois groupes de travail du GIEC par 86 auteurs et “review editors” issus de 39 pays.

Voici les conclusions principales de ce rapport:

Le réchauffement global a atteint approximativement 1°C (avec une incertitude de 0.2°C) au-dessus du niveau pré-industriel (grosso-modo fin du 19esiècle) en 2017. Il est prouvé que le responsable est l’émission des gaz à effet de serre (GES). Il s’accroit actuellement en moyenne de 0.2±0.1°C tous les 10 ans. A ce rythme, le seuil de 1.5°C sera atteint vers 2040. Ceci est une valeur moyenne à l’échelle du globe, car il y a de nombreuses régions où ce réchauffement est plus important (par exemple la Méditerranée ou les régions arctiques); Le réchauffement est plus marqué sur les continents que sur les océans et certaines saisons (souvent l’été) sont plus affectées que d’autres. On ne peut pas affirmer avec une grande confiance que la limite de +1.5°C pourra être respectée.

Les risques pour les systèmes naturels et humains sont significativement plus faibles pour un réchauffement global de 1.5°C que pour 2°C, mais cela dépend des régions, de leur niveau de développement, de leur vulnérabilté et de leurs choix d’adaptation et atténuation. Les risques sont plus faibles pour un réchauffement graduel jusque 1.5°C que pour un « overshooting » (un dépassement temporaire du seuil avec retour en dessous du seuil avant 2100). La capacité d’adaptation à un réchauffement de 1.5°C implique des changements sociétaux qui implique une résilience socio-écologique. Un développement durable, l’éradication de la pauvreté sont des facteurs importants de l’adaptation, car les pauvres (pays pauvres et pauvres des pays plus riches) sont extrêmement touchés par le réchauffement mais également par les politiques de réduction des GES.

Si on arrive à limiter le réchauffement à +1.5°C au lieu de +2°C par rapport aux valeurs pré-industrielles, on en retirera des gains sensibles pour différents secteurs :

  • les températures extrêmes (tempêtes, inondations, canicules, sécheresses)
  • la ressource en eau, en particulier en région Méditerranéenne et en Afrique du Sud
  • la perte de biodiversité terrestre, particulièrement les plantes, les vertébrés, les insectes (facteur 2)
  • les feux de forêt, les espèces invasives
  • les écosystèmes en zones sèches (plus qu’en zones humides)
  • la toundra (réduction par avancée de la forêt), le pergélisol (2 millions de km2 sauvés)
  • certains services écosystémiques (par exemple stockage du carbone par les sols et la biomasse)
  • la biodiversité marine qui souffre d’un effet combiné de la température, l’acidification et l’hypoxie (diminution de l’oxygène dissous)
  • la fréquence d’étés sans glace marine (facteur 10)
  • les espèces marines, en particulier celles qui ont une enveloppe calcaire (coquillages, coccolites, coraux)
  • le niveau moyen des océans (10 cm de gagné, soit 10 millions de gens exposés en moins)
  • la santé dans les ilots de chaleur urbains
  • la production agricole, en particulier dans les régions tropicales

Si l’on dépasse temporairement le seuil de +1.5°C, les effets seront irréversibles pour les écosystèmes terrestres, pour les glaciers. Les récifs coralliens seront déjà détruits à 70-90% pour 1.5°C. L’effet sur le niveau de la mer lié à l’augmentation des GES sera ressenti bien après 2100. Les options d’adaptations seront beaucoup plus facilement mises en place avec un réchauffement limité à 1.5°C, par des investissements dans la santé, la sécurité, l’assurance, la gestion du risque et l’éducation.

Toutes les trajectoires d’émission conduisant à maintenir la température globale en dessous de 1.5°C, impliquent des réductions rapides de CO2 et d’autres gaz pour atteindre la valeur zéro au milieu du siècle (le stockage doit compenser les émissions). Pour optimiser les chances de satisfaire les Accord de Paris avec un dépassement temporaire limité à maximum 0.2 °C, il faudrait atteindre les émissions zéro en 2050 (contre 2075 pour 2°C). Pour cela, les émissions de GES doivent être réduite de 45% en 2030 par rapport à 2010 (contre 20% pour 2°C). En parallèle, il faut retrouver des capacités de stockage optimales et durables. La compensation par stockage de carbone doit être basée sur une grande diversité de méthodes (afforestation, reforestation, utilisation de la biomasse des déchets, amélioration du stockage de carbone dans les sols, …). Les chances de succès dépendent de la capacité des institutions et des gouvernements à la mettre en place avec la participation des populations. Néanmoins, l’objectif de +1.5°C doit davantage cibler une diminution réelle des émissions du CO2 plutôt qu’augmenter le stockage.

Il faut privilégier les mesures qui ont des co-bénéfices clairs comme l’amélioration de la biodiversité et des écosystèmes, la restauration des sols, la qualité de l’alimentation, la santé. Les économies d’énergie doivent être visées, avec une plus grande part de l’électricité dans la demande énergétique. Il faut que la part du renouvelable en 2050 soit de 49-67%, et que la part du charbon soit réduite à 1-7%. Il faut également maintenir l’intensification de l’occupation des terres (urbanisation) à des valeurs soutenables. Il faut radicalement changer de mode d’alimentation (moins de protéines animales). L’industrie doit réduire de 70-90% ses émissions en 2050 par rapport à 2010. Il faut diminuer radicalement le transport individuel motorisé.

Le coût marginal du carbone (c’est-à-dire le coût de la dernière tonne évitée) varie d’un facteur trois à quatre selon qu’on vise un objectif de +2°C ou +1.5°C. Une aide conséquente à destination des pays en développement et pour les pauvres en général est nécessaire. L’enjeu majeur est qu’on ne peut imaginer enclencher la transition qu’à la condition qu’elle ne se traduise pas par plus de chômage à court terme, ou bien par un ralentissement de sortie de la pauvreté dans les pays en développement. Les mesures d’atténuation pour l’objectif +1.5°C peuvent engendrer des effets négatifs sur le développement tel que pensé aujourd’hui (par exemple diminution du PIB lié à l’utilisation des énergies fossiles), mais la diversification de l’économie et du secteur énergétique pour la transition environnementale est un nouveau paradigme à mettre en place. Les trajectoires de développement durable associées à des enjeux d’atténuation et d’adaptation pour limiter le réchauffement à +1.5°C couteront moins cher que celles basées sur une grande fragmentation de la société et des grandes inégalités. Cela requiert une forte coordination institutionnelle, sociale, culturelle, économique et technologique.


09 Septembre 2018
Le 7 septembre dans Libé: les scientifiques se mobilisent pour le climat

Climat: 700 scientifiques français lancent un appel aux dirigeants politiques afin qu’ils passent de l’incantation aux actes pour enfin se diriger vers une société sans carbone. «Seuls des changements immédiats et des engagements de court terme, dans le cadre d’objectifs clairs et ambitieux à horizon 2030, peuvent nous permettre de relever le défi climatique», lancent ces scientifiques en Une du journal Libération daté de samedi.

Pour en savoir plus …


09 septembre 2018
Le rapport spécial du GIEC sur le réchauffement à 1.5°C dans The Conversation

Adopté en 2015, l’Accord de Paris propose de « Contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C. ». À ce titre, les États ont demandé aux spécialistes du GIEC de « produire en 2018 un rapport spécial sur l’impact d’un réchauffement global de 1,5 °C ». Ce document est attendu pour le 8 octobre 2018.

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