Le carbone tue

Andreas Malm dans Le Grand Continent fait le point sur la comptabilisation des morts que l’augmentation des gaz à effet de serre entraine. Son article part d’une publication de R. Daniel Bressler(*), économiste à la Maison Blanche et chercheur à l’université Columbia de New York, qui a calculé le nombre de décès qu’entraînerait, pour le reste du siècle, un million de tonnes de CO₂ émis en 2020  : 226 vies emportées. Au cours d’une vie de consommation, trois Américains et demi émettraient donc suffisamment de CO₂ pour mettre fin à une vie, tandis qu’il faudrait 146 citoyens du Nigeria pour arriver au même résultat. Plus vous consommez et émettez, plus de personnes mourront. Face à ce constat, deux conclusions semblent s’imposer. Premièrement, les entreprises comme Total devraient être considérées comme des entités responsables de l’organisation de la destruction planétaire et de la mort en masse — en somme, comme une conspiration malveillante. Deuxièmement, elles devraient être nationalisées. Dans le cas de Total, l’État français devrait immédiatement procéder à son expropriation et faire en sorte que sa production de pétrole et de gaz soit réduite à zéro dans un délai de cinq ans, par exemple. Cela semble extrême ? Toute véritable atténuation du changement climatique implique par définition la fin de la propriété privée des combustibles fossiles. Les industriels ne doivent plus être autorisés à extraire du charbon, du gaz ou du pétrole et à les vendre pour la consommation, pas plus qu’ils ne sont autorisés à commercialiser du sarin ou du gaz moutarde.

Le gouvernement français comme les autres gouvernements du monde ne semblent pas vouloir prendre cette décision. Andreas Malm se demande alors si la vraie question n’est pas de savoir si les gens ont le droit moral de détruire les biens qui font planer la mort sur le globe. Il s’agit de savoir pourquoi ils n’ont pas encore commencé. Les raisons sont évidentes : si les gouvernements ne peuvent pas se décider à maîtriser les producteurs de combustibles fossiles, mais continuent au contraire à les subventionner, à les encourager et à les soutenir, alors les personnes extérieures aux appareils d’État finiront par prendre l’affaire en main. C’est du moins ce que l’on pourrait attendre.

(*) R. Daniel Bressler, « The Mortality Cost of Carbon », Nature Communications, 12 (2021), p. 1-12

Partager cet article :

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn